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06.11.2007
Marketing et développement durable : le CR officiel !
Il était temps qu’on s’en parle !
Même si tout le monde le fait depuis quelques temps, si les médias reprennent le sujet encore et encore, et si les consommateurs y sont enfin sensibles, il est plus que temps de parler développement durable et marketing, parce qu’on n’a plus le temps d’attendre !

Et justement nos intervenants de la soirée du 11 octobre pour l’ADETEM Rhône Alpes nous ont permis de mieux cerner les enjeux et les urgences, les solutions et les actions qu’il est déjà possible de mettre en place, pour intégrer le développement durable dans l’entreprise et dans le marketing en particulier : et surtout de comprendre les facteurs clés de succès .
Le développement durable : prise de conscience du Grand Public
Caroline Sorez nous a d’abord rappelé la définition du développement durable et le fait qu’il intervient sur le triptyque des 3 P (People -Planet- Profit = Social, Economique, Environnemental). Elle nous a surtout montré qu’aujourd’hui la prise de conscience du Grand Public et des clients est réelle sur le sujet (grâce entre autres à l’étude Ethicity), et qu’il y a une attente des clients sur ce thème.

Le ‘marché’ de l’environnement durable existe donc et il est devenu impératif pour les entreprises de s’y intéresser.
Mais elles peuvent traiter le sujet de façons différentes : uniquement sur l’aspect technique, en communiquant sur le sujet (rapports Développement Durable) ou en considérant le développement durable comme un élément centre dans leur stratégie marketing !
L’une de nos participantes a d’ailleurs présenté le cas de l’Arbre Vert, qui sur la base des produits fabriqués par une usine Seveso en liquidation, a ressuscité une marque et développé une gamme entière de produits écologiques éco-labellisés (éco-label européen). L’entreprise a réussi non seulement à convaincre et à éduquer la grande distribution et ses clients, mais aussi à multiplier par 18 son chiffre d’affaire en 4 ans !
Les leviers de création de valeur du DD
Nous avons donc appris quels sont les leviers de création de valeur du développement durable :
1. Prévention des crises
2. Réduction des coûts
3. Innovation
4. Différenciation / fidélisation
5. Réputation
6. Performance économique
Et surtout quelles sont les caractéristiques d’un marketing « durable » :
• Un marketing d’abord responsable : qui évite de promouvoir des pratiques non soutenables,
• Un marketing « vert » ou social : qui développe des produits ou services avec une véritable VA environnementale ou sociale,
• Un marketing sociétal : qui finance des campagnes qui visent à influencer le comportement consommateurs.

L’exemple Casino
Les exemples sur l’utilisation de ces leviers étaient à la fois divers et instructifs, de Volkswagen à Danone en passant par Toyota, Adia ou Patagonia. Le dernier exemple étant celui de Casino, qui vient de prendre l’initiative de la transparence, pour que ses clients aient un vrai choix, en travaillant sur des étiquetages permettant d’identifier certains indicateurs de l’impact environnemental sur les produits vendus par l’enseigne. Développé avec Bio Intelligence Service et l’Ademe, cette proposition a été reprise dans tous les médias, et initie un mouvement qui devrait aboutir à un groupe de travail impliquant toutes les parties prenantes (gouvernement, enseignes, associations et fédération des entreprises du commerce et de la distribution, associations environnementales ..)
Parce que mettre en place le développement durable ne peut pas se faire tout seul …

La solitude du pollueur de fond face au marketing du DD
C’est justement cette « solitude » qui est aujourd’hui la contrainte de TNT Express, qui à travers les camions et avions qui transportent ses 300 000 colis quotidiens sur 1 million de kilomètres chaque jour, fait partie des « pollueurs ».
Comme le dit Hervé Feat, directeur marketing, « nous faisons partie du problème, nous voulons faire partie de la solution », et TNT Express s’est engagé depuis plusieurs années dans des actions de développement social et humanitaire et des actions de réductions d’émissions de CO2, qui lui ont valu cette année la première place du classement du Dow Jones sustainability index.
Mais même si les visioconférences généralisées et les flottes de véhicules de service moins puissantes ont un effet positif sur les émissions de C02, elles ne représentent pas le gros du problème. Or TNT ne peut rien faire sans les avionneurs (auprès desquels il ne peut agir seul), ou les fabricants de véhicules, dont certains ont totalement refusé d’envisager des alimentations en bio -carburants dans leurs produits. L’entreprise cherche donc les fournisseurs prêts à aller dans le même sens qu’elle, fait du lobbying avec ses collègues transporteurs et messageries, et teste surtout des solutions alternatives, comme les triporteurs électriques pour livrer les hyper centre ville.

Solutions alternatives
Ces premières initiatives reçoivent un écho très favorable des clients interrogés, et certains sont même prêts à orienter leurs achats vers des solutions « vertes ». Mais l’important pour l’entreprise est surtout aujourd’hui de bien identifier le point de départ et les indicateurs à suivre, pour faire une « photo » véritable à T0 et pouvoir à terme réellement mesurer les progrès ; c’est LA condition sine qua non qui permettra, lorsque les nouvelles solutions auront été testées, et jugées viables d’un point de vue écologique et économique, d’en faire de nouvelles offres, crédibles et légitimes, vendables et rentables. Alors seulement TNT Express pourra en faire un vecteur de communication. « Avant de faire changer nos clients, agissons sur nous-mêmes »
On était là vraiment dans la prise en compte technique du sujet, bien que l’environnement réglementaire ne soit pas encore des plus contraignants pour ce secteur du transport ; mais l’exemple de Botanic est très différent, car il intègre bien plus le développement durable dans la stratégie de l’enseigne.
Etre génétiquement Développement Durable De fait Christine Viron, directrice marketing et développement durable, nous a expliqué que la protection de la vie et de la nature sont inscrites dans les gènes de l’enseigne de jardinage depuis sa création en 1995. L’ancrage local et régional de ses fondateurs a inspiré une démarche de progrès permanent et progressif, illustré par la phrase « pas à pas on avance ». Et Botanic, même si elle est placée par son métier dans un univers où le discours écologique est plus naturel et légitime que pour TNT, a fait avancer le sujet bien plus que ses concurrents du même secteur, parce que le développement durable était dans son ADN et dans les convictions de ses dirigeants.
De l’arrêt des imprimés toutes boîtes, à l’impression de stickers pas de pub, de la suppression des sacs en plastique à la suppression de sacs tout court, de la recherche de fournisseurs plus proches et plus « verts » dans tous les assortiments où c’était possible, Botanic a avancé progressivement dans son engagement, jusqu’à traiter directement le pire « boulet » de son empreinte écologique : les pesticides.
Le « zéro pesticide » : stratégie de différenciation
Après une année de tests de vente restreinte de ces produits et des négociations ardues avec ses fournisseurs, Botanic passera en 2008 à un assortiment zéro pesticide. Une révolution faite au prix d’une perte de chiffre d’affaires sur certains rayons, mais en gagnant une crédibilité et une légitimité de discours, qui lui permet de faire bouger ses fournisseurs, et même aujourd’hui de développer son offre (le marché bio est testé depuis quelques mois dans certains points de vente).

Cette évolution s’est faite d’abord par conviction, et de façon pragmatique, et est devenue une véritable stratégie de différenciation. Mais elle n’est justement possible aujourd’hui que parce que les attentes du marché ont évolué. « Il y a 5 ans cela n’aurait pas été possible » rappelle Christine Viron, « nous y sommes allés par conviction qu’il fallait agir pour faire changer et bouger les lignes, sans trop sonder, mais c’était risqué. ».

Dans l’ADN de toute une entreprise
L’engagement des dirigeants a été clé dans cette réussite, et aussi le fait d’y avoir réfléchi avec d’autres, des associations et des experts impliqués et connaisseurs du sujet. Mais le vecteur crucial a été la formation et l’implication des équipes. Tous les managers Botanic ont été sensibilisés et formés, pour transmettre la bonne parole à leurs équipes, et des programmes de formation intensifs et réguliers ont été organisés pour les magasins, avec des représentants « bio jardiniers » chargés de faire de la pédagogie auprès de leurs clients et équipiers. Ces bio jardiniers sont chargés de porter le message que l’Ecologie n’est pas une régression hippie, mais peut être synonyme de modernité et d’innovation.
Un nouveau mode de vie
Aujourd’hui Botanic peut se repositionner et changer de credo « le jardin une seconde nature » devient « un nouveau mode de vie ». Succès rendu possible parce que ses dirigeants se sont impliqués et ont pris des décisions rapides, parce qu’on a mis en place une gestion du changement très lourde, avec des équipes et des partenaires. Car « le développement durable c’est technique… un peu, financier… beaucoup, et culturel… passionnément ! » comme le dit le chargé de développement durable de la ville de Chambéry.

Et pour conclure…
Au final, l’accord des interventions s’est fait sur le constat que mettre en oeuvre le développement durable au sein de l’entreprise c’est difficile ; autant par les erreurs qu’on doit accepter de faire et d’admettre, que par la schizophrénie que cela peut créer, notamment pour une direction marketing : comment peut-on faire du développement durable un outil de différenciation, alors que pour qu’il soit réellement durable et réel pour la planète, il doit être mis en application par tous ?
Dans tous les cas une chose est sûre : le sujet ne doit pas être manipulé ou instrumentalisé comme une façade, une façon de verdir l’image en se réclamant d’un bénéfice louable sans qu’il y ait une réalité derrière. Cela devient dans ce cas-là du marketing dans le mauvais sens du terme, et ne peut qu’amener à une déception des clients et un retour de bâton vers la marque. La réalité des actions et de leur efficacité, la sincérité des propos, et surtout la cohérence entre le discours, l’ADN de l’entreprise et ses différentes actions sont les réels facteurs-clefs de succès d’un développement durable complètement porté, assumé et valorisé par des gens du marketing qui peuvent ainsi coordonner un changement culturel de l’entreprise porteur pour toutes les parties prenantes.
Quant à la responsabilité de la prise de conscience du sujet par le public, notre débat a été animé pour savoir si elle était due à l’engagement de quelques écologistes il y a 10-20 ans, à l’effet du réglementaire et des lois, ou à l’action de ces entreprises « précurseurs » qui comme TNT ou Botanic commencent à faire bouger les lignes. La réponse a été : les trois, puisqu’il faut des initiateurs pour faire naître une idée, des précurseurs pour la mettre en pratique et des lois pour la généraliser et l’imposer.
Et ceux qui avaient été oubliés dans cette discussion de jeudi soir ont été récompensés le lendemain matin par le prix Nobel de la Paix : les porte-parole d’influence, qui par leur crédibilité, leur légitimité, et leur capacité de mobiliser et de convaincre ont su passer le message aux « masses » qui jusque-là n’entendaient pas, comme Al Gore ou Nicolas Hulot. Et les scientifiques qui par leur travail d’analyse ont pu argumenter et apporter la preuve de ce message.
C’est finalement tout un travail de marketing qu’il a fallu faire, pour faire valoir la cause du développement durable : détecter l’idée naissante, savoir l’anticiper, la diffuser et l’argumenter, pour qu’elle devienne aujourd’hui un vrai marché et un véritable enjeu.
Un enjeu humain, économique et environnemental.
Lyon Octobre 2007
Adetem Club Rhône Alpes
18:05 Publié dans Marketing & Co | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ADETEM, Rhone alpes, développement durable, marketing, Botanic, TNT Xxpress, Caroline Sorez
Commentaires
Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur les éco labels, un article de Novethic sur le sujet :
http://www.novethic.fr/novethic/site/dossier/index.jsp?id=113181&titre=Ecolabels%20:%20comment%20choisir%20face%20%C3%A0%20la%20profusion
Ecrit par : Alice | 20.12.2007


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